Le Christ de Givry sur Aisne
En janvier 2026, on m’informa de la re-découverte d’une « sculpture d’un Christ en Croix » ... « Beaucoup d’indices laissent à penser qu’il s’agit de l’œuvre de Jean Cattant. » Je viens de regarder votre site et les sculptures en bois ressemblent à celles ci. Je peux vous donner d’autres éléments mais je veux être certaine d’être sur le bon site. »
Il s’agit de la commune de Givry dans les Ardennes 08130. » Chantal Guérin qui me contacte avait participé à l’élaboration d’un livre intitulé : » la mémoire de Givry » en 1993. Et à la suite d’autres acteurs du patrimoine qui ont sorti des limbes ce Christ, elle enquêtait sur lui.

Comme je le confirmais de mon côté, il s’agissait de la sculpture qui accompagna la magnifique fresque de Marthe Flandrin « créée pour former avec elle « un tableau vivant en 3 dimensions… tout était étudié pour que les valeurs sculpturales et picturales se répondent…
Effectivement, elle m’était restée, sous la forme d’un magnifique souvenir; rares photos, articles anciens, où se déchiffre encore la ferveur d’un artiste.
J’en parlais dans la biographie qui lui est consacrée.
Mais le Christ avait disparu ; un autre était apparu à la place. C’est pourquoi j’avais écrit en 2021 qu’il forma un ensemble majestueux avec la fresque de Marthe Flandrin. que sa sculpture -(1953)- « accompagna » la fresque grandiose….Le Christ d’origine, « Christ de Cattant », est présenté ci-dessous par Yves Marie Froidevaux -architecte en chef des Monuments Historiques chargé de la reconstruction- qui dirigeait ce chantier d’église en 1953 et qui avait choisi Jean Cattant pour réaliser le Christ du choeur.

Le choix artistique de l’architecte s’organisa autour de ce Choeur magnétique formé par la fresque et son Christ…D’autres acteurs talentueux de l’art sacré de l’époque y demeurent encore au travers de leurs oeuvres ; …Madeleine Froidevaux,- la soeur de Flandrin-. Barillet, Bourdet, Jeay ..en voici quelques photos obligeamment communiquées par Chantal Guérin…

Michel Coistia, qui « a inventorié ses œuvres, » ici, dans les Ardennes, m’entretient lui aussi de ce « Christ en croix de l’église de Givry-sur-Aisne qui a été retrouvé récemment… » il avait été retiré du chœur où il était placé par l’architecte... », il « suit ces retrouvailles et avait déjà travaillé en 2012 aux archives où il avait trouvé la trace de l’existence de ce Christ ; « –Je craignais qu’il ait été détruit ».
Dans son ouvrage, « Les églises des reconstructions dans les Ardennes. Le renouveau de l’Art sacré au XXe siècle« , il remarque que l’art contemporain n’est pas forcément bien accueilli alors dans une France rurale habituée à voir les choses (esthétiques) autrement ; d’autant plus en ce qui concerne les représentations religieuses…
–Il y rapporte que « le curé de la paroisse de Givry » (1916-2000) -qui laisse en fait de sa main 7 statues dans l’église- « avait remplacé le Christ en croix d’un artiste renommé, le sculpteur Jean Cattant« , par son propre Christ, celui qu’il avait sculpté lui-même.
Que par contre on ne savait pas ce qu’il avait fait de l’oeuvre d’origine, celle que l’architecte avait placée dans le choeur..

L’artiste avait toute sa vie conservé le souvenir de ce Christ en son propre « coeur », son atelier
Les deux versions du Christ de Givry

Chantal Guérin avait pu constater sur deux archives d’époques rapprochées, que le Christ représenté au centre de la fresque était différent sur chacune d’elles..
(On repère en effet l’ajout du « couvre-chef » ; et les dimensions différentes.)
La version colorée est une élaboration d’époque pour faire ressortir toute la scène.
La version noir et blanc est une simple photo avec une définition floue ; peut-être une copie d’une autre prise de vue perdue ?

Effectivement, les proportions du Christ n°1 devaient donner l’idée de l’homme divin, minuscule et grand, glorifié et libéré dans l’immensité des éléments…
Dans le placard de la sacristie
-Comme l’explique Chantal Guérin; » Nous sommes maintenant sûrs que la sculpture qui a refait surface est bien l’œuvre de votre père Jean Cattant.
« Je vous explique les faits :
« Les gens de Givry ont en mémoire qu’il existait une sculpture en bois du Christ en croix à la reconstruction de l’église de Givry dans les années 1953/1954.

« Cette sculpture a été remplacée par un Christ en croix sculpté par l’abbé Kandelaars de la paroisse de Givry…
« L’abbé a dû ranger la sculpture de votre père dans un placard de la sacristie. Les objets se sont entassés dans ce placard durant des années (1955/6 à 2025).
« Un problème d’humidité a nécessité de faire du vide…..quelle trouvaille ! une sculpture en plusieurs morceaux qui une fois reconstituée donne un Christ en Croix.
« Elle fut nettoyée et reposée sur un support. Je n’ai pas eu connaissance de cette découverte et on m’a présenté le résultat final.«
« Je vous adresse les photos prises, le bois est en bon état, les couleurs dorées des cheveux, le bleu des yeux et le blanc du pagne sont restées belles.
les mesures : 97 cm haut et 86 cm large.
En effet, « je m’étais demandé ce qu’était devenue cette sculpture » ; je me réjouis de cette retrouvaille;
— « Grâce à l’implication de personnes telles que vous, qui font des recherches; … la démarche de la tirer d’un placard au rebut, et de la réassembler, elle peut enfin revivre.«
« Cette oeuvre (le Christ n°1), avait donc été crée « in situ »; (pour un ensemble). On y sent un » mouvement » répondant à celui qui anime la fresque de Marthe Flandrin ; (ou bien c’est la fresque de Marthe Flandrin qui répond à ce Christ). »
Cependant vu sa position initiale dans l’ensemble créé pour le choeur de l’église, « le Christ n°1 a été fait pour être vu du dessous ; et là, le « raccourci » est inversé (vu du dessus) ; j’ai du mal à me rendre compte de l’apparence globale, malgré les belles photos, et je me demandais s’il serait possible d’en faire d’autres, en entier, davantage en vue du dessous, en mettant ce Christ en sa position initiale, (en hauteur) et en se baissant au dessous pour photographier« .
Il est vrai qu’il reste simplement, et puissamment, évocateur d’une présence divine, même hors contexte.

La mise en oeuvre ressort des documents d’époque, avec leurs intervenants.
Yves- Marie Froidevaux, maître d’oeuvre des travaux, assisté des architectes Marc Sibertin-Blanc et M Denayer, gérait l’ensemble des choix architecturaux, artistiques, et agencements de l’église en tous leurs détails; il échange sur le sujet avec Jean Cattant ; (voir documents ci-dessous)
« …Je pense que vous avez pu terminer le Christ de GIVRY SUR AISNE. Un transporteur doit se rendre à Givry avec un certain nombre d’objets destinés à l’église. Pourriez-vous donc lui apporter votre oeuvre au plus tard lundi 26 octobre matin (chez Monsieur RANGER, Transporteur, 22, rue de la Procession). Dans le cas où vous auriez encore quelques retouches à faire, il serait possible de profiter d’un prochain déplacement pour emporter le Christ. Pourriez-vous donc me téléphoner demain matin pour nous entendre à ce sujet… »
Cette oeuvre faisait partie de l’exposition « Nos églises reconstruites » avec d’autres sculptures de l’artiste ; ( ayant gardé un double manuscrit de son envoi; (version d’époque économique des photographies (puis des photocopies) ; «
« 1) Vierge Assise. hauteur 1m (feuilles de laiton sur âme en bois) -Eglise St Nicolas de Rethel. -Maquette déposée chez Mr Froidevaux (architecte)
(L’exécution pourrait être achevée pour l’exposition.)
2) Christ d’autel en laiton. (Breuville).
« 3) -photo gros plan 50X50 Christ bois de Givry sur Aisne. – Architecte Froidevaux.-
4) Statue St Denis de Méré. »

à gauche ; Le courrier d’ Yves Marie Froidevaux, architecte en chef des monuments historiques ;
à droite ; La liste des oeuvres que l’artiste présentera à l’exposition « Nos églises reconstruites »
Les travaux de l’église Saint Martin sont répertoriés aux Archives départementales des Ardennes ;
les documents en ont été aimablement transmis par M.M.me, Coistia, et Guérin.

Travaux de l »Eglise de Givry » ;
à gauche ; récapitulatif des intervenants; –échelle des dépenses
à droite ; -archivage des travaux réalisés .
©2026 Claire Cattant