BREST Ker Stears

Nouvelles du modèle de la Vierge de Kerstears ;

Un jour je reçus des nouvelles de Mme Marie Thérèse Jestin, qui avait posé pour une œuvre de Jean Cattant ;
« -Il s’agit d’une  » Vierge avec l’Enfant « réalisée à  » Kerstears – BREST  » en 1953 , il me semble. J’ai aujourd’hui 92 ans et je vis désormais à Etables-sur-Mer dans les Côtes d’Armor . Or, il se fait qu’étant bien jeune , c’est moi qui ai posé pour cette statue . »En ces années elle enseignait.
Je lui répondis qu’en effet, « à l’époque des années 50, la sculpture avait été faite par un photographe de talent ; Jacques Kobel. Et mon père avait sans doute aussi pris des photos. »
« Un article avait été écrit aussi à cette même époque dans une grande revue d’art par une critique de renom. La photo sur l’article, avec le visage de profil semble être celui de la Vierge en question. (Il ne m’en reste que cette photocopie…(à gauche sur l’image).

La sculpture étant présenté en ces termes ; « Jean Cattant a sculpté directement à Brest, dans le granit noir le plus dur, cette Vierge à l’Enfant dont nous voyons ici le visage volontaire, qui exprime la certitude et la sérénité de la foi. » .. »

« Vous pourrez lire cet article en partie ; il m’en manque la fin;

Cette dame sculptée se nomme aussi Marie-Thérèse

« Bien que ce témoignage (interrompu) soit court, ce qu’il écrit est très intéressant ; aussi parce qu’en quelque sorte, il vous décrit vous-même ;

« par rapport à ce qui apparaît de ce visage « volontaire ».

« Je dis que la photo sur l’article, avec le visage de profil « semble » être celui de la Vierge en question. Car apparemment, il y a deux vierges… La seconde, en plusieurs vues, (sur ma page de livre), avait un visage un peu différent. Mais les deux Vierges restent très similaires. »

« Je vous joins une lettre de la Mère supérieure, datant de 1954. »

« MS+Jean Chrysostome La Retraite du Sacré-Coeur »

à Mr Cattant Jean

« KERS STÉARS BREST Le 29 Février 1954« 

« Monsieur,
J’ai été très touchée de votre petit mot et des photographies qui l’accompagnaient. Je vous remercie des uns et des autres et je ne saurai trop vous féliciter des vues si bien prises et qui mettent si nettement en valeur la Vierge de Ker Stears. Celle-ci a changé de socle- Celui qui supportait l’oeuvre fait place à un fût rectangulaire qui élance davantage la statue-..
Lors de son second passage dans notre maison, j’ai conduit dans le jardin le Révérend Père Abbé de Landévennec et il a sincèrement admiré votre œuvre….
« 

—« Je me demande ; quelles circonstances vous ont amené à poser pour cette oeuvre ; et quel souvenir vous en en gardez. Si les séances de pose ont été faciles à tenir; si mon père vous y aidait; si d’autres personnes intervenaient d’une manière ou d’une autre en votre travail commun; et aussi si vous auriez conservé des documents de cette époque liés à cette sculpture; ou des photos de vous d’alors … Vous avez inspiré mon père ; cette oeuvre a une présence incroyable.« 

—« Je viens de lire avec beaucoup d’intérêt votre long courrier . En effet , cela m’a permis de faire un grand saut en arrière, j’ai soudain eu 22 ans. Votre père devait avoir environ 35 ans. Pendant deux mois, j’ai posé entre 13 et 14 heures avant la reprise des cours. J’ai trouvé cela intéressant.

Notre Dame de Ker Stears

« Puisse cette Vierge, gardienne de notre maison, bénir son sculpteur et toute sa famille. Vous êtes entré dans le cercle de nos intentions de prières ainsi que tous les vôtres et nous serons fidèles ! Si, un jour, vous amenez votre femme et vos enfants en Bretagne, j’espère que vous saurez retrouverle chemin de Ker Stears, celui de Notre Dame ! « 

MS+Jean Chrysostome 29 février 1954

« Nous parlions beaucoup .Il me parlait de sa famille;

si je me souviens bien , il me semble que vous étiez 3 enfants dans la fratrie .

J’aimais le voir casser ses pointes dans le granit. Je l’ai vu démarrer son œuvre. C’était fascinant et plein d’une douceur poétique.

Je me souviens de la position des mains qu’il m’imposait.

J’ai vu l’inauguration de la statue alors que j’étais encore institutrice dans cet établissement magnifique qui dominait la rade de Brest.

Évidemment peu de personnes ont su que c’était moi qui posais.. ..

2023 Marie Thérèse Gestin

« Je vous remercie, pour votre récit si émouvant ; et frais en son ressenti. (Je suis la quatrième enfant de Jean Cattant ; à l’époque, il n’en avait encore que trois, tout comme vous dites). Ce que vous m’expliquiez sur sa manière de travailler est très intéressant et fait revivre l’artiste, son modèle, et l’œuvre…. C’est exactement le genre de précisions qui aide à resituer le déroulement du travail du sculpteur et les circonstances qui l’entourent……
« si je puis me permettre, il faudra que nous en reparlions, ou plutôt j’ai tant à écouter ; par un témoin de qualité de première main
« .

–« Merci pour votre message. Je m’apprêtais à m’activer un peu quand  » il  » est arrivé . Alors, souriante et heureuse , je me suis replongée en arrière, dans le temps ..

« Souvent depuis la réception des deux photos de cette Vierge, je les ai comparées . Celle, dont le visage est plus fin, est certainement la seconde statue. Mais où est cette seconde statue ? Elle m’intéresse également ! En regardant les photos prises de face, je me suis souvenue que votre père me disait de relever la tête en me penchant légèrement en avant . Il me disait aussi qu’il était gêné par mon épaule, qu’il ne pouvait pas faire ce qu’il voulait . Aussi lui avais-je suggéré naïvement de retirer mon pull.

« Il n’a pas voulu et je le comprends.

« En effet , si une religieuse était arrivée il y aurait eu scandale ! Moi je ne pensais qu’à lui faciliter la tâche.

Je sais qu’il ne rentrait pas toujours en fin de semaine à la maison et que parfois il s’ennuyait .

« Il m’avait raconté être allé à Plougastel découvrir le Calvaire . Peut-être s’en est -il inspiré ? « 

« Tout cela, que je croyais enfoui dans ma mémoire depuis des décennies…mais tout est réapparu , simplement, comme une réalité .

« Il m’a suffi de dérouler la bobine.« 




« .Je suis heureuse d’avoir été là quand votre père a donné ses premiers coups, non pas de marteau, mais de masse . Que se passait-il déjà dans sa tête ? « Voyait »-il déjà « Sa » statue ? De penser à cela, m’émeut beaucoup. Sachez que ce temps à poser, je le vivais comme quelque chose de Sacré .

« Il m’a fallu arriver à mon grand âge pour comprendre que cette expérience m’a façonnée et donné le goût de l’Art. C’était une naissance !

« Quand je vois à la télévision, ce Wagner qui écrase un homme avec sa masse, je pense immédiatement à votre père .

« Le premier, massacre dans une violence inouïe qui conduit à la mort ; le second crée La Beauté dans la paix et l’intériorisation .«